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jeudi, 17 avril 2008

Quand Monsieur Tardi parle de mai 68...

29d52d2c0d7ae3f26ebb985f91e7728f.jpgTardi, "Le Tardi" -comme le disait ce matin Olivier Jouvray avec qui je parlais de ma rencontre de midi- est de retour. Même si il faudra attendre encore quelques mois pour découvrir son travail qui sortira autour de 1914-1918 -et en attendant le dernier album d'Adèle repoussé pour l'instant- les amateurs pourront se consoler (en musique) avec "1968-2008, n'effacez pas nos traces", livre-disque qui sort à l'occasion des 40 ans de Mai 1968 et qui met en images 15 chansons de Dominique Grange avec qui il partage sa vie.
Tardi un militant ? Non, comme il le dit lui-même plutôt un curieux... comme il l'évoquait mercredi, quelques heures avant de dédicacer son album à l'occasion d'un concert à la FNAC de Dominique Grange







Un crobart par Jacques Tardi - kewego
Un crobart par Jacques Tardi - kewego



>> Jacques Tardi, vous venez à Lyon à l'occasion de la sortie d'un album de Dominique Grange que vous illustrez et qui parle de Mai 1968. Où étiez-où en 1968 ?
"Je faisais les Arts Déco à Paris après avoir fait les Beaux Arts à Lyon. Personnellement, j'étais très curieux de ce mouvement, mais pas du tout militant. Les AG m'ennuyaient profondément. J'étais par nature anti-clérical et anti-militariste. On faisait de la peinture avant tout... on aurait pu faire du dessin engagé si on avait été publié dans la presse mais comme on ne l'était pas, on se contentait d'affiche. Certaines étaient maladroites, mais personne n’osait intervenir pour critiquer : il était interdit d’interdire !".

>> Et la BD ?
"On avait lancé un atelier de BD aux Arts Déco mais ça n'a pas pris et dès l'année suivante ça a sauté. C'était comme le polar, de la littérature honteuse, méprisé par l'Académie Française. Je me rappelle petit, lorsque mon instituteur me prenait mon magasine de Bd et le déchirait devant tout le monde... Finalement, la BD faisait peur. Vous comprenez que ça me fasse sourire aujourd'hui, lorsque je reçois des livres dédicacés où il est écrit "ca ferait une bonne BD non ?""

>> La censure était présente ?
"Je me souviens que "Barbarella" de Forest avait été censuré car jugée pornographique et interdit à l'affichage. Or lorsqu'on voit ce qui est publié aujourd'hui... Heureusement, c'est seulement l'édition française qui l'était et les libraires affichaient l'édition anglaise pour détourner l'interdiction. A cette époque "Pilote" jouait un vrai rôle, publiant autre chose que la BD franco-belge traditionnelle. Puis l'Echo des savanes et Métal Hurlant ont suivi..."

>> Revenons sur cet album, comment avez vous fonctionné pour le réaliser ?
« C’est simplement un travail d’illustrateur. J’ai essayé de coller aux textes de Dominique, de m’exprimer à travers les chansons mais aussi de ne pas me répéter. Finalement j’ai gardé très peu de texte. Toutefois, on ne peut pas échapper à certains clichés ou symboles car l’image vient immédiatement en tête. Il ne faut d’ailleurs pas l’éviter : comment passer à côté des pavés par exemple ? ».

>> Et votre travail de BD justement, où en est-il ? Adèle ?
« Je devais faire cette année le 10e et dernier Adèle Blanc-Sec. Mais comme Besson veut l’adapter au cinéma et qu’au niveau de son calendrier il n’est pas disponible avant 2010… en étant optimiste, ça me laisse un peu de marge. J’ai plusieurs albums en réédition, notamment « Le petit bleu de la Côte ouest ».

>> Et votre projet sur la première guerre mondiale, il en est où ?

« C’est mon ultime contribution… un peu comme un devoir de mémoire. Je vais revenir sur les six années, de 1914 à 1919 et ce sera pré-publié dans l’étrangleur dans lequel j’ai publié le dernier Adèle. Six fascicules de 15 planches BD et d’une dizaine de pages de documents et de photos, un par année, pré-publiés entre août 2008 et janvier 2009, puis sortira en deux tomes dont le premier en octobre. Il débutera en couleur, puis finira probablement en noir… A travers cette œuvre, je veux simplement faire passer une idée par histoire et capter l’attention des gens : je ne veux pas faire un travail d’historien mais je tiens compte de l’histoire et des faits réels. Mon but est d’éviter les approximations, comme ça si j’y crois en le faisant, le lecteur y croira également».

> Propos recueillis par David Tapissier


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